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Présentation de l’éditeur

« Dans l’escalier je recroise Lolita Pille qui croise un garçon très très connu dont j’oublie le nom et comme j’arrive à leur hauteur, elle nous présente avec une formule du type « vous vous connaissez certainement ? » Non, justement. Ici, il faut que vous compreniez la nature du duel snob. Le duel snob dure un millième de seconde. Pendant ce millième de seconde, deux êtres se regardent. Le premier des deux qui arrive à signifier à l’autre qu’il n’en a rien à cirer de l’autre a gagné. Souvent, il est difficile de décider qui a gagné, tellement ça va vite. Comme à l’escrime, on a besoin d’un arbitre pour savoir qui a touché le premier. Dans le cas d’espèce, il faudrait demander à Lolita Pille lequel des deux a gagné, mais je crois qu’elle était distraite par son portable au moment du choc. Je pense que c’est le type très très connu qui a gagné, car il n’en a structurellement rien à cirer de rien puisqu’il est très très connu. Le type très très connu tire en rafale son absence de cirage d’autrui, à la vitesse de mille « rien à cirer » par seconde. Faisons une pause théorie : le snob dominant est celui dont la vitesse initiale de manifestation extérieure d’absence de cirage d’autrui est la plus grande. Le garçon très très connu descend l’escalier et moi je le monte, nous nous croisons comme deux sous-marins nucléaires ennemis pendant la guerre froide. Deux débiles hostiles bourrés de haute technologie. Je surpaie mon vestiaire car un chroniqueur mondain chrétien doit témoigner de l’Évangile dans les couloirs de boîte, je claque un high five au barman mais il me snobe donc je balaie l’espace de ma main tendue, j’embrasse quelqu’un qui n’a même pas l’air étonné, j’embrasse les videurs de ne pas m’avoir vidé et je suis dans la rue ».
 
 
Mon avis
 
J’ai été tentée de lire Mémoires d’un snobé écrit par Marin de Viry quand j’ai entendu Arnaud Viviant en parler en tant que coup de coeur dans l’émission Ca balance à Paris sur Paris Première. Il était si exalté que je n’ai pas pu résister à l’envie de l’acheter et de m’y plonger rapidement. Le début du récit est une pépite : satire du microcosme littéraire parisien quelques jours avant l’annonce du prix Goncourt. L’auteur/protagoniste doit organiser un dîner avec Michel Houellebecq (futur lauréat) avec l’aide de Frédéric Beigbeder (Marin de Viry faisant partie de son cercle d’amis proches). Tout irait bien s’il ne se sentait pas snobé par tous ceux qui l’entourent que se soient des proches, des connaissances littéraires, son éditeur et même des rencontres fortuites. Marin de Viry utlise l’autodérision avec brio surtout dans la scéne avec le réfrigérateur de son ami (frigo acheté peu de temps après le sien qui est moins imposant que le nouvel arrivé…Il en ressort une équation sur le snobisme assez percutante) ou dans celle où il voit son éditeur dans un restaurant. Néanmoins, le livre perd de sa superbe quand apparaît Caroline, romancière et ex-femme de sa vie. C’est dommage car ce passage digne d’une psychanalyse permet d’un peu mieux comprendre ce sentiment d’être snobé de Marius mais il est plombé par un style d’écriture plus lourd (beaucoup trop de tagada et Youhou). une fois cette psychanalyse terminée, le roman repart sur les bases du début mais avec un sentiment d’être moins snobé (le mot n’apparaît presque plus). Marin de Viry nous présente le milieu littéraire parisien en tant que milieu superficiel qui passe son temps à faire la fête au Montana entre autres (lieu de prédilection de Beigbeder), à cancaner sur les uns et les autres, à utliser des termes et des expressions incompréhensibles, à se réunir pour choisir qui sera le lauréat de tel prix (choix qui n’a souvent rien à voir avec l’écriture elle même) et bien entendu à snober l’être inférieur…. Et, en fin de compte, on s’aperçoit que le snobé (Marius) fait autant partie des snobants que ses camarades….
 
En résumé, Marin de Viry nous livre une satire du milieu littéraire assez inégale qui fait sourire mais aussi grincer des dents dans le fond et la forme.
 
 
  • Editeur :Pierre-Guillaume de Roux Editions (5 janvier 2012)
  • Broché:205 pages
  • ISBN-13: 978-2363710215
  • Prix : 18 euros
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