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juan carlos

Présentation de l’éditeur

A la mort de Franco, la plupart des observateurs s’attendent à la poursuite quasi identique du régime qui a verrouillé l’Espagne depuis quarante ans par son dauphin, choisi et éduqué dans ce but. Or, dès ses premiers déplacements et déclarations, celui que l’on croyait falot se démarque… pour bientôt incarner une Espagne moderne et démocratique. Qui est donc ce jeune homme effacé soudain devenu chef d’état charismatique ? Juan Carlos Ier de Borbón y Borbón est né en exil avant la deuxième guerre mondiale. Son père, Don Juan, héritier du trône, l’envoie à l’âge de dix ans en Espagne afin d’y être formé, alors que le pays subit la dictature du général Franco, adversaire politique de la famille. Après son mariage avec la fille du roi de Grèce Sofía, il traverse de longues années difficiles en attente d’un statut officiel. Tiraillé entre son père, figure de la légitimité bafouée, et son mentor Franco, il est alors perçu comme une marionnette manipulée par ce dernier qui finit par le désigner comme successeur à la tête d’une monarchie qui devra être franquiste. A la mort du Caudillo en 1975, le jeune prince de 37 ans devient donc roi d’Espagne, et à la surprise de tous, rétablit la démocratie, légalise le parti communiste, et défend sans vaciller son régime face à la tentative de coup d’Etat militaire en 1981. Avec lui, L’Espagne va panser ses blessures, et entrer dans la modernité. Fin stratège, diplomate, séducteur, ce souverain secret – dont ce livre révèle aussi les parts d’ombre- a réussi l’exploit ultime de trahir les siens pour mieux servir son pays.
 
 
 
Mon avis
 
Que l’on soit pour ou contre la Monarchie, on ne peut rester insensible au destin de Juan Carlos. Dès ses dix ans, il sera le pantin de deux hommes se disputant le pouvoir et la suprématie de l’Espagne : son père Don Juan qui rêve d’être roi et Franco qui cherche un successeur royal qui ne soit pas Don Juan. Privé des siens, il fera contre mauvaise fortune bon coeur. Il apprendra s’en relâche, nouera des liens qui lui seront utiles en temps voulu tout en restant en retrait et subissant les assauts de son père qui se voilera la face concernant son futur. Leurs relations deviennent très tendues malgré l’amour qu’ils se portent et quelquefois le dialogue sera rompu entre eux. Quant à Franco, il n’aura de cesse de l’humilier reculant souvent le choix de son successeur, l’obligeant à être souvent au second plan et en ne le conviant pas à certaines réunions importantes.
A la mort de Franco, son accession au trône laisse les espagnols perplexes. Entre les franquistes qui veulent encore se servir de lui comme un pantin et l’oppostion qui était jusque-là baillonnée, Juan Carlos tente d’établir une monarchie parlementaire. Il y arrivera avec beaucoup de difficultés mais la terreur des assassinats et des attentats marqueront le processus. Lors de la tentative de coup d’Etat par le Général Tejero le 23 février 1981 aux Cortes, Juan Carlos surprendra les espagnols lors de son allocution télévisée exigeant que l’armée apporte son soutien incondtionnel au gouvernement démocratique. Le peuple deviendra, alors, plus Juancarliste que monarchiste.
Les jeux de la politique extérieures sont aussi un point important de l’après Franco. La France de VGE aidant dans un premier temps son voisin mais ralentissant son entrée dans la CEE. Les Etats-Unis voyant cette nouvelle démocratie d’un bon oeil et leur permettant d’avoir des bases militaires à un endroit stratégique de la méditerranée. L’ouverture de Juan Carlos envers l’Amérique Latine aura aussi son importance.
A la lecture de ce livre, on comprend mieux cet homme au charisme et à l’humour ravageur qui a longtemps fait passer son pays avant sa propre vie, mais aussi Sofia qui a été un soutien indéfectible pour son mari. Certes, actuellement, le roi fait plus parler de lui par ses nombreuses maitresses et sa chasse à l’éléphant, mais n’est-ce pas réducteur de ne voir que cela… Un fossé est en train de se creuser entre la jeunesse espagnole qui n’a pas connu la dictature et l’absence de liberté de s’exprimer et qui ne comprend pas le rôle du roi et les plus vieux qui ont vécu sous Franco et savent ce qu’ils doivent à Juan Carlos. Oui l’Espagne est en crise, oui, le gendre Iñaki n’était pas aussi idéal que ce que tout le monde pensait ( il sera jugé pour cela) mais l’Espagne se serait-elle autant développée sans Juan Carlos, Sofia, Suarez, Gonzalez, Aznar… Quand on a connu ce pays au début des années 80, on voit l’évolution!
 
L’écriture de Laurence Debray est plaisante. Le livre, à mi-chemin entre le roman historique et la thése, retrace bien l’histoire contemporaine espagnole en approfondissant la psychologie de chaque protagoniste. Le seul petit bémol serait la constante répétition du tiraillement de Juan carlos entre son père et Franco. Certes, c’est une des facettes les plus importantes du roi mais nous le répéter cinquante fois, ça lasse….
 
Petit trait d’humour de Juan Carlos lors de son premier voyage officiel en France avant d’entrée dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale : « Qu’est ce qui m’attend derrière cette porte?…. La guillotine? »
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