Étiquettes

, , , , , , , ,

la nuit

Présentation de l’éditeur

 

Isaac Golder est un auteur célèbre dans le monde entier qui a bâti sa gloire littéraire sur un mensonge. À 82 ans, il avoue publiquement avoir volé le roman qui l’a fait connaître à son amour de jeunesse, une jeune femme déportée à Ravensbrück en 1943, rescapée du camp mais disparue depuis la fin de la guerre.

Tandis que les conséquences du scandale qui s’ensuit se répandent comme une traînée de poudre à travers le monde, un jeune Argentin d’origine allemande, fils d’un sous-officier ayant sévi à Ravensbrück, entame une correspondance avec l’imposteur repenti afin de dissiper les ombres de l’histoire familiale.

Au fil de ces lettres, le passé remonte à la surface, certains masques se fissurent, révélant des identités toujours plus incertaines, et ceux qui croyaient s’être affranchis de leur histoire doivent enfin s’y confronter.

 

Mon avis

 

La nuit des secrets est une histoire terrible mais magnifiquement bien racontée. Suite à la révélation à la presse d’Isaac concernant son roman La Toile qu’il n’a pas écrit mais qui est l’oeuvre de son amie d’enfance Rachel, tous deux issus de famille juives. On plonge dans la vie de cette dernière après sa rafle pendant la Seconde Guerre Mondiale et sa captivité dans le camp de Ravensbrück. En paralléle, Juan, fils d’un SS exilé en Argentine se nommant Horst, se met en contact avec Isaac. A part le début (rencontre entre Isaac et Rachel) et la fin, tout le roman est épistolaire : courriers entre Isaac et Juan et lettres de Rachel à l’attention d’Isaac mais jamais envoyées.

 

La révélation va être un tournant dans la vie des trois personnages. Isaac est jeté en patûre à ses détracteurs et subit le déshonneur de l’écrivain qui a volé l’oeuvre d’un autre. Rachel est celle qui va le plus souffrir. En effet, son fils la considère comme une étrangère et la presse ainsi que les maisons d’édition veulent absolument connaître son histoire. Elle acceptera de replonger dans son passé et ses terribles souvenirs. Quant à Juan qui a tué son père Horst car il le dégoûtait d’avoir été dans les SS, il va le découvrir sous un autre jour grâce à un carnet dans lequel l’allemand a couché ses idées, ses pensées, ses sentiments.

 

La nuit des secrets en un roman qui fait réfléchir surtout sur le personnage de Horst qui, enrôlé chez les SS, n’acceptera pas au fond de lui tous les ordres donnés mais qui ne le dira jamais ouvertement et commettra des crimes dans le camp de Ravensbrück pour ne pas se mettre sa hiérarchie à dos. Ayant des sentiments pour Rachel, il l’aidera pendant sa captivité. Le fait d’avoir aidée une jeune fille juive et d’avoir des sentiments « humains » peuvent-ils effacer tous ses actes ? Pour Rachel, Horst n’est pas un héros mais s’en rapproche car elle voit en lui l’homme qui lui parlait, lui révélait certaines petites choses et l’avait sauvé alors que sa mort était proche. Pour Juan, dans un premier temps, son père est un être abject qui a sur les mains beaucoup de sang et en plus qu’il l’a abandonné. Puis, au fur et à mesure des lettres qu’il envoie à Juan, on comprend que ses sentiments changent sans pour autant pardonner à son père le fait d’avoir été SS.

 

Le récit de la vie dans le camp de Ravensbrück est très prenant et m’a rappelé ce que nous racontait mon grand-père qui fut déporté à Sensburg puis Stablack pour d’autres raisons que Rachel. La psychologie de Rachel est aussi très bien traitée : a-t’elle été une privilégiée parce qu’elle a été pendant un temps affectée aux besognes dans la maison de Heinz (responsable du camp) où elle sera violée plusieurs fois et dormira dans une cave; pourquoi n’est-elle pas morte comme  un grand nombre de juif dont ses parents? Toutes questions qu’un « survivant » peut se poser… Les conditions de transport dans les trains vers les camps, la vie dans les baraquements, le travail forcé… Tout est bien décrit. On sent que l’auteur a fait de nombreuses recherches. Les personnages principaux sont attachants et on comprend la dualité de leurs sentiments. L’écriture simple de David Doma est efficace C’est un livre dur et le lecteur n’en sort pas indemne. Un très bon livre à mettre entre toutes les mains!

 

Je remercie Libfly et les Editions Intervalles pour la découverte de ce livre dans le cadre de La Voie des indés.

Publicités